Mise en place de la chirurgie coronarienne à cœur battant au Centre Hospitalier de Bordeaux : les nouveaux rôles de l’infirmière de bloc opératoire

La chirurgie coronarienne à cœur battant est une technique innovante qui n’est pas encore arrivée à maturité. Cette stratégie, pour être réalisée de manière sécuritaire au quotidien, a nécessité une importante cohésion de l’ensemble des acteurs de soin dans une salle d’opération. La place des infirmières de bloc opératoire est prépondérante dans le succès que peut amener cette nouvelle technique opératoire.

Depuis 2005, nous avons commencé un programme de chirurgie coronarienne à cœur battant, essentiellement ciblé pour la revascularisation myocardique des patients présentant un très haut risque opératoire. Ces patients sont tous porteurs de co-morbidités extrêmement sévères, les amenant dans la majorité des cas en salle d’opération dans un état critique. Nous voulons, lors de cette conférence, témoigner de notre expérience concernant la mise en place de cette nouvelle stratégie.

Il nous a fallu travailler sur le rôle que pouvait jouer l’infirmière de bloc opératoire chez ces « nouveaux patients ». Pour ce faire, au Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux, nous avons établi une coopération inter-hospitalière, où une équipe chirurgicale comprenant infirmière de bloc opératoire, chirurgien et anesthésiste est allée se former aux techniques de revascularisation myocardique à cœur battant à l’Institut Cardiologique de Montréal. Ce séjour nous a permis d’améliorer notre connaissance sur les différents produits (stabilisateurs, succion apicales, Cell Saver®…) facilitant ainsi la mise en route de notre programme.

Après la réalisation de nos premiers cas, nous avons pu, en collaboration avec les chirurgiens, mettre en place un groupe de travail dans notre équipe afin d’améliorer au mieux la prise en charge de ces patients. En ce sens, une deuxième coopération avec le Centre Hospitalier Universitaire de Louvain a pu être établie. Ceci nous a permis d’améliorer l’ensemble de l’environnement chirurgical utilisé. L’installation du patient sur la table d’opération, le contrôle de la température de la salle opératoire, le positionnement de la table d’instrumentation, ainsi que l’ensemble des instruments utilisés ont été modifiés pour la réalisation de ces interventions. Nous avons dû constituer de nouveaux conditionnements avec des boîtes spécifiques pour la chirurgie coronaire à cœur battant. Ceci nous permettait de diminuer de façon significative l’ensemble des instruments utilisés auparavant avec les boîtes de circulation extracorporelle. Nous participons ainsi à la diminution des coûts engendrés, ainsi qu’à la diminution du taux d’occupation des structures de stérilisation. Cette stratégie permettait donc d’améliorer la cohésion des différents acteurs de santé autour de ces patients.

Au total, depuis trois ans, nous avons opéré 110 patients présentant un très haut risque chirurgical par la technique de revascularisation myocardique à cœur battant.

En début de pratique, nous avons opté pour l’utilisation du stabilisateur mécanique type CTS puis Coroneo. Cependant, chez ce type de patient présentant souvent des dysfonctions ventriculaires gauches, la pose du stabilisateur était mal tolérée sur le plan hémodynamique. Pour éviter cette dysfonction peropératoire, nous avons opté pour l’utilisation de stabilisateur par aspiration type Octopus® (Medtronic) nous permettant ainsi de parfaire une bonne exposition chirurgicale, ainsi qu’une optimisation du débit cardiaque per-procédure.

Nous avons profité du changement des tables d’opération pour choisir des tables qui permettaient la mobilisation isolée des membres inférieurs, pouvant ainsi être relevés afin d’améliorer le retour veineux cardiaque, augmentant ainsi la tension artérielle. Des points d’appui latéraux nous permettaient de réaliser un fort roulis latéral afin de faciliter l’exposition des différents territoires coronariens. L’homéostasie thermique était maintenue par une température de salle aux alentours de 25 °C. Ce maintien, parfois peu confortable pour l’équipe, permet au patient de ne pas participer à la diminution de son débit cardiaque lors de sa chirurgie.

Nous voulons donc témoigner du rôle qu’a pu jouer l’infirmière de bloc opératoire pour ces changements de techniques. Nous avons dû nous adapter, discuter et travailler en équipe afin de pouvoir commencer notre programme. Notre voulons exposer l’ensemble des modifications humaines et techniques apportées dans notre centre par cette nouvelle stratégie.

 

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